Stories Nearby – Extrait du catalogue par Nancy Baele – édité

Les œuvres de Gail Bourgeois trouvent également un écho dans des assemblages inattendus. Ses sculptures et ses dessins sont empreints d’une anxiété qui semble enracinée dans un univers où des objets ordinaires ont la capacité d’évoquer un pressentiment discret ou un souvenir diffus de tristesse. L’artiste imprègne des formes en plâtre anodines, moulées à même des emballages, avec le poids de traumatismes vaguement appréhendés. En tant qu’objets, ces formes ne sont pas innocentes. Elles sont exposées près du sol et non pas surélevées sur de grands socles, comme si elles n’étaient pas destinées à être observées avec sérieux et attention, mais plutôt entraperçues. Leur positionnement renforce l’hypothèse selon laquelle, en raison du matériau bon marché utilisé et de leur échelle réduite, la souffrance et les dommages subis dont elles semblent témoigner simplement pourraient facilement être ignorés ou négligés. 

 

Gail Bourgeois a grandi pendant la guerre froide, élevée par des parents engagés politiquement, qui ont souffert des conséquences de leurs convictions. Pendant de nombreuses années, elle a travaillé avec l’idée de la surveillance, la menace d’un conflit nucléaire et des préoccupations écologiques. Son approche consiste à instiller un climat d’inquiétude. Comme elle le fait dans une série de quatre dessins sur mylar, dans lesquels des formes enveloppées projettent des ombres, ou dans des dessins de paquets ficelés suggérant le déplacement. À d’autres occasions, cette approche est enracinée dans l’influence des œuvres de Giacometti après la Seconde Guerre mondiale, qui expriment l’espace confiné et les possibilités théâtrales dans la structure d’une cage. Ses trois petites sculptures – Giacometti’s Cage (glass heart), Giacometti’s Cage (out of bounds room) et Giacometti’s Cage (It is with a Heavy Heart) – sont menaçantes aux plans visuel et spatial. La juxtaposition de tiges d’acier, de verre et de plâtre évoque la fragilité, le préjudice, l’aspiration et le resserrement. 

 

Les dessins de Gail Bourgeois renforcent ce sentiment d’inquiétude et ce désir d’intégration. Dans Untitled (non-proliferation), une image surréaliste d’un rocher pourvu de dents, qui inspire à la fois la terreur et la pitié. Untitled (détente) prolonge la conversation autour du besoin écologique de négocier la paix en présentant une pièce de théâtre onirique. Deux chaises droites se font face, comme en plein dialogue. Sur l’une poussent des germes et sur l’autre des formes de feuilles incurvées. 

 

Bien que la forme humaine ne soit jamais vraiment représentée par Anna Frlan ou Gail Bourgeois, on la ressent intensément en raison des références à des objets façonnés ou modifiés par l’homme. Que ce soit dans War Chest d’Anna Frlan, avec ses dentelles implacables, ou dans le dessin de Gail Bourgeois intitulé The heart’s long offensive reach, avec sa tige mortelle, telle un filet de sang, qui soutient deux formes concaves rectangulaires, l’effet émotionnel est puissant. On retrouve le même sens tragique dans l’œuvre de Betty Goodwin. L’artiste montréalaise (1923-2008) traitait le corps humain, souvent par son évocation dans les objets et les vêtements utilisés, indiquant que « tout cela concerne l’humanité ». Comme Betty Goodwin, mesdames Frlan et Bourgeois réalisent des œuvres qui concernent l’humanité. Elles provoquent un désir de réfléchir à des vérités souvent voilées par des formes moins nuancées.

  

Les deux artistes ont travaillé en résidence au Diefenbunker, une expérience qui a renforcé leur intérêt pour les conflits armés et les répercussions durables de la guerre en temps de paix. Elles nous offrent avec Stories Nearby (Récits des alentours) leurs perceptions visuelles d’un examen plus profond du continuum transformé dans l’héritage laissé par la guerre.          

    -Nancy Baele

Image de marque réalisée par Simon Guibord - simong.ca

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