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« Assez le mépris ! Indignons-nous ! »

Avez-vous eu l’occasion de voir et d’entendre l’entrevue que l’animatrice Krista Erickson a réalisée avec la danseuse et chorégraphe Margie Gillis diffusée par la nouvelle chaîne de télévision Sun News Network le 1er juin 2011 à une heure de grande écoute – 17 h 30[1]? Je l’ai regardé à plusieurs reprises.

J’en retiens que les propos malhonnêtes pleins de sous-entendus, truffés de mépris et d’arrogance, correspondent au paradigme même d’une droite intolérante confinant au parangon de la bêtise tout court. Il ne faut surtout pas se laisser berner par la présentation dithyrambique au tout début de l’entrevue. Le reste est mené tambour battant dans une cacophonie qui dépasse l’entendement. Madame Erikson, inculte et fière de l’être, semble visiblement férocement en désaccord avec le financement public des arts. C’est son droit le plus légitime.

Or, madame Margie Gillis, invitée à une émission d’affaires publiques, devient l’objet d’un procès sans nom. Supputant le scandale, la journaliste lui demande si elle sait combien de subventions elle a reçues. Naturellement, tout cet argent vient des fonds publics et ce sont les contribuables qui souffrent !

Madame Gillis, qui est créatrice et non pas comptable, avoue candidement son ignorance.

Le couperet tombe.

Madame Erikson dévoile, chiffres à l'appui,  que la Fondation de danse Margie Gillis a reçu un peu plus de 1,2 million de dollars en subventions depuis 1998. Si mes calculs sont bons, cela donne moins de 100 000 $ par année. Or, qui plus est, pourquoi questionne-t-elle agressivement, mouvements des bras à l’appui, prendre de l’argent des contribuables pour subventionner quelqu’un qui fait des gestes ridicules avec ses bras ? Parce que, de répondre madame Gillis, la danse n’est pas rentable. Du coup, madame Erikson sort la langue de bois propre à l’évangile néolibéral. 

Nous devenons non seulement témoins du procès intenté à madame Gillis, mais sommes aussi devant celui du système canadien – et québécois –  de financement de la culture. Margie Gillis a tout de même souligné, avec calme et dignité, que le salaire annuel moyen d'un danseur au Canada est de 12 000 $.

Last but not least, madame Erikson, nettement de mauvaise foi, utilise sans mettre en contexte quelques secondes d'une vidéo où madame Gillis expose l’idée que la société dans laquelle nous vivons manque de compassion. Sans doute cette remarque a-t-elle piqué au vif la journaliste, puisqu’elle se lance dans une opération logique pour le moins douteuse.  En effet, elle franchit le Rubicon : comment parler de manque de compassion avec 1,2 million de dollars qui lui est versé alors que des soldats canadiens donnent leur vie en Afghanistan ?  Nous nageons en plein sophisme. Nous nous installons dans l’idéologie pure.

Il reste que des questions doivent  être posées à madame Erikson et à Sun News Network. Aurait-on le verbe aussi méprisant devant les responsables des dépenses somptuaires liées à l’organisation des sommets du G8 et du G20 dans la région de Toronto l’an dernier ? Si on s’en tient à des questions de rentabilité, serait-on aussi condescendant lorsque l’on aborderait  le problème de l’achat avec l’argent des contribuables par le gouvernement canadien des 65 avions de chasse F-35 au coût évalué entre 15 à 30 milliards de dollars, si l’on sait que les retombées au Canada seront minimales ?  Sans doute que le nationalisme va-t-en-guerre jouerait en faveur des invités cordialement accueillis par la journaliste.

Des dizaines de milliards pour des avions : tout va bien, madame la marquise ! Près de 100 000 $ sur plus de dix ans en danse : rien ne va plus au royaume de la « prom queen » !

Nous voilà de nouveau au temps du mépris. Osons crier, comme Stéphane Hessel, notre indignation[2]!

Indignons-nous contre ce populisme dangereux, contre ces vendeurs médiatiques tirant à boulet rouge sur la culture et hissant au rang de valeur universelle leur propre inculture. 

Pour visionner l'entrevue : http://www.sunnewsnetwork.ca/video/featured/prime-time/867432237001/a-lack-of-compassion/971454253001

Pour porter plainte, cliquez ici.

 



[1]http://www.sunnewsnetwork.ca/video/971454253001Importante

[2]Stéphane Hessel, Indignez-vous!, Montpellier, Indigènes Éditions, 2010


04 juillet, 09 h 10

« Je... suis... en colère, et c'est rare! Cette entrevue était désagréable à visionner et entendre. J'en ai détesté l'expérience. Je crois que l'intervieweuse a une très mauvaise connaissance du sujet qu'elle aborde. Si elle détient de grandes connaissances, elles se situent au plan de faire un scandale avec très peu de renseignements. 1,2 M$ sur 13 ans pour une artiste et son organisme performant internationalement, je n'y vois pas d'outrage. Cette journaliste n'a aucunement considéré les arguments de son interrogée : l'art vise le bien-être, aspect fondamental d'une société en construire. Il semble par contre qu'Erickson préfère les activités "profitables, rentables" aux autres. Son argumentaire est non seulement défaillant, mais pourri par en-dedans. J'aimerais pouvoir en personne lui dire qu'elle est conne. C'est malheureux... »
Nicolas Crisafi, Ville de Gatineau

29 juin, 10 h 39

« 28 juin 2011 C'est déconcertant de constater autant de mépris et si peu d'esprit. Je me demande encore comment une telle attitude a-t-elle pu être télédiffusé. Protestons !!!!!!!!! pour tant de bêtisses Et encore merci à la ceux qui savent voir la poésie entre les choses !! Ce soir regardez la lune...inspirez vous de ce qui est beau, de ce qui au-delà ce qui nous fait vivre... »
Natalie Roy, Québec

29 juin, 10 h 38

« " Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a reçu un record de 4100 plaintes individuelles, à la suite de ce reportage. C'est plus du double du nombre total que le CCNR reçoit annuellement, tous dossiers confondus....À titre comparatif, le controversé Bye Bye 2008 de Radio-Canada n'avait généré que 210 plaintes. " Pour en savoir plus, voir sur le site du RAAV. Le groupe Québécor qui détient la chaîne Sun News utilise également son Journal de Montréal pour dénigrer les investissements publics en culture... Et dire que la Caisse de dépot et placement du Québec détient près de 40% des actions de Québécor et que leurs publications ont reçu du soutien de Patromoine Canadien, c'est à pouffer de rire jaune. Le Regroupement de la danse au Québec a également porté plainte officiellement. »
Lucien Frenette, Ville Saguenay

28 juin, 08 h 44

« Pitoyable d'étroitesse d'esprit. Je me demande si Mme Erickson critiquerait avec autant d'acidité le salaire annuel de $700,000 que la CBC paye à Don Cherry (là aussi avec nos taxes et nos impôts). Cet homme reçoit donc en deux ans, plus que la Fondation Gillis a reçu en plus de dix ans. Elle se permet d'attaquer ainsi Margie Gillis, dont, de son propre aveu elle ne comprend pas la démarche. Réalise t'elle, par exemple, qu'à lui seul, le programme À Nous le Podium, du gouvernement canadien en prévision des jeux de Vancouver, représentait une somme de près de 5 millions de dollars pour chaque médaille remise à un athlète canadien? Les sommes versées à la Fondation Gillis sont bien modestes en comparaison. »
Denis Larouche, Ville de Gatineau

28 juin, 08 h 43

« L'invitée aurait dû souligner à la journaliste son manque de connaissance car toutes ces sommes provenant des fonds publics pour la culture servent aussi aux grandes "compagnies médiatiques" qui sans la culture n'auraient pas grand matériel de diffusion pour faire des profits! »
Diane Dagenais Turbide, Ville de Gatineau

27 juin, 11 h 30

« Bravo pour ce texte. JÂ’avais pris connaissance de cette entrevue et effectivement il y a matière à indignation. Étais-tu au courant du mouvement des « indignés » qui a pris naissance en Espagne? http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/05/29/apres-madrid-les-indignes-francais-s-installent-place-de-la-bastille_1529122_3224.html Malheureusement il semble trop souvent que notre indignation n'arrive pas à la cheville de notre apathie satisfaite de son confort. Sans doute parce que les raisons de s'indigner sont si nombreuses qu'on ne sait plus par où commencer. »
Jean-Pierre Picard, Ville de Gatineau

27 juin, 10 h 56

« Le Sun News Network est-il en partie subventionné par l'état ? Le cas échéant, cette pseudo journaliste se met le pied dans la bouche. »
Marc Fortin, MRC Collines-de-l'Outaouais

27 juin, 08 h 46

« Bravo! Et vlan! J'en ai ras le bol des propos à la Erikson. Je paye des impôts et je souhaite que ce soit pour autre chose que des avions de chasse. »
Paul Lajoie, Ville de Gatineau

27 juin, 04 h 10

« Mme Gillis est restée calme, digne est sÂ’est bien défendue. Je prédis quÂ’elle sera, pour longtemps, la dernière artiste à être tombée dans les pièges tendus par Sun Media et Krista Erickson. Il est patent que cette dernière n'aime pas la danse. Elle sÂ’excuse dÂ’ailleurs être une béotienne (« philistine »). Mais, sans le savoir, elle se révèle être une bien piètre ambassadrice du Canada anglais, lequel est loin d’être unanime sur lÂ’appui que l’État devrait donner aux arts et à la culture. »
Louis Noreau, Ville de Gatineau

27 juin, 01 h 33

« Tout à fait humiliant et condescendant comme propos !!! »
François Dubé, Ville de Gatineau

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