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« Le patrimoine immatériel – qu’est-ce que c’est au juste? »

Dans l’optique des interventions relatives à la protection du patrimoine, nous sommes renvoyés la plupart du temps à ses dimensions matérielle ou naturelle, notamment les bâtiments historiques ou encore les paysages. Pourtant, il existe d’autres formes de patrimoine. C’est le cas du patrimoine immatériel qui se définit par les « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi qu’aux instruments, objets, artéfacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel[1] »

En termes précis, la parole, le geste, le corps deviennent des éléments centraux associés au patrimoine. L’être humain réside désormais au cœur de celui-là. Ainsi, par exemple, lors d’une performance comme pratique culturelle, la sauvegarde et la préservation s’attache à la transmission plutôt que de se concentrer sur le seul objet physique. Dans cette perspective, il s’agit de préserver des techniques qui font appel aux vivants. C’est le cas par exemple en matière de métiers d’art, de lutherie, etc. Pensons aussi au conteur, à l’artisan, au danseur qui utilisent tous la voix, les gestes, le corps et qui font appel aux émotions hors de la pure contemplation esthétique.

Or, les nouvelles technologies numériques doivent être utilisées afin de conserver, de préserver et de prolonger le patrimoine immatériel par l’enregistrement sur des supports numériques afin de mettre à la disposition du public et des créateurs les expériences dans les domaines les plus divers de la culture. Il en va des identités locales et régionales quant à leur maintien, sinon quant à leur re-construction. Il serait temps pour l’Outaouais de se pencher sur la question. Le patrimoine immatériel requiert un lien entre les groupes sociaux, les musées ou les centres d’interprétation et la société civile.

Le patrimoine immatériel relève du patrimoine vivant participant dès lors à la protection de la diversité culturelle. C’est en quelque sorte une manière de contrer l’homogénéité engendrée par le processus de mondialisation. Qu’on se le tienne pour dit : nous ne sommes pas devant un repli sur soi. Bien au contraire, puisqu’une place est faite à l’intangible, comme par exemple ce qui relève des expressions orales, les fêtes, les carnavals, les savoir-faire en tout genre, les rituels, les outils, les instruments, les artéfacts ainsi que les espaces où ont lieu les manifestations et les pratiques. Dans cette perspective, le patrimoine ne repose plus sur un caractère rigide et figé près de la momification. Il devient ainsi dynamique, faisant éclater le folklore et les coutumes traditionnelles pris dans des contradictions techniques, administratives voire sociales.

Les politiques culturelles mises en place par les municipalités devraient prévoir, dans la foulée du rapport Arpin et de la future loi relative au patrimoine culturel,[2] une intégration du patrimoine immatériel dans leurs orientations stratégiques et dans leur plan d’action. La transmission est au cœur même du concept et l’expression du patrimoine immatériel.

Nos sociétés vivent une crise dans le domaine de l’économie traditionnelle lorsque l’on fait référence aux domaines industriels, à la sphère commerciale ou celle des services. Pour reprendre l’expression de Pine et Gilemore[3], nos sociétés sont entrées de plain-pied dans le domaine de l’économie d’expérience qui fait référence aux expériences vécues qui supposent apprentissage, sociabilité et divertissement pour les citoyens et les utilisateurs qui s’engagent dans ce type de rapport culturel fait de traditions, de spectacles particuliers – qui ne ressemblent en rien au domaine du mainstream –  et de cuisine locale.

En clair, il y a beaucoup de travail à faire : captation et archivage des contes et des récits, mise en place de bases de données multimédias, constitution ou transformation de lieux physiques afin de valoriser le patrimoine immatériel.

 

Michel-Rémi Lafond

Directeur général du CRCO

 

 



[1]
Cette définition est tirée de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO de 2003. Voir aussi : www.unesco.org/culture/ich. Notons au passage que le Canada n’a toujours pas ratifié la Convention.

[2]Groupe Conseil (sous la présidence de Roland Arpin), La politique du patrimoine culturel du Québec. Notre patrimoine, un présent du passé, Québec, Communications Science Impact, 2000. Notons que le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine œuvre de façon originale et novatrice dans le cadre notamment du Répertoire du patrimoine culturel du Québec que l’on peut consulter au www.patrimoineculturel.gouv.qc.ca/RPCQde même que dans le projet de loi no 82. Connu sous le nom de Loi sur le patrimoine culturel.

[3]Joseph Pine et James Gilmore, The Experience Economy, Boston, Harvard Business School Press, 1999.


10 février, 08 h 12

« Il est à présent possible de s’inscrire au colloque portant sur Les mesures de soutien au patrimoine immatériel: gouvernements, institutions et municipalités en visitant le site http://www.patrimoine-immateriel.qc.ca/colloque L’événement se tiendra du 14 au 17 avril à l’Hôtel Château Laurier de Québec et constituera le plus grand rassemblement du milieu du patrimoine vivant en 2011. Il réunira divers acteurs et décideurs dans le domaine du patrimoine culturel immatériel, avec l’objectif de favoriser l’échange d’expertise internationale et de réfléchir sur l’ensemble du processus de promotion local et national. Des kiosques sont disponibles de même que des publicités dans le programme imprimé de l’événement. Hébergement à tarif préférentiel en vigueur (109$ en chambre supérieure). Tarif réduit sur inscription avant le 10 mars. »
Antoine Gauthier, Québec

09 février, 09 h 26

« Bonjour Michel-Rémi, tes propos sont très justes et nous renseignet sur le patrimoine élargi. J'espère que les personnes concernées ainsi que les élus le liront attentivement. Merci! »
Louise Boulay, Ville de Gatineau

09 février, 08 h 36

« Beau texte pédagogique. J'ai beaucoup appris. »
Paul Richer, Ville de Gatineau

08 février, 01 h 16

« Bravo! Texte clair. Merci! »
José Mercier,

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Dernière mise à jour : 29 mai 2017
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